Société

7 février : le signal américain est clair, le message se précise, les manœuvres se rétrécissent

À l’approche du 7 février, la prise de position publique de l’Ambassade des États-Unis, rappelant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition et son soutien à l’exécutif en place, intervient dans un contexte de manœuvres politiques de plus en plus contestées. Un signal diplomatique qui resserre nettement l’espace des arrangements de dernière minute.

À quelques jours du 7 février, le message public de l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, rappelant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition et son soutien au Premier ministre en fonction, intervient au moment même où une présence navale américaine est mise en avant dans la baie de Port-au-Prince. Une séquence diplomatique qui réduit l’espace des manœuvres politiques internes et interroge ceux qui persistent à négocier des arrangements de dernière minute.

L’Ambassade des États-Unis a choisi de s’exprimer sans ambiguïté et en français, en rappelant explicitement l’échéance institutionnelle et en assumant un positionnement clair. Le message est formulé ainsi :

Alors que le mandat du Conseil présidentiel de transition prend fin le 7 février, nous soutenons le leadership du Premier ministre Fils-Aimé dans la construction d’une Haïti forte, prospère et libre. »

Cette phrase mérite d’être citée, relue et analysée. Elle acte d’abord un fait politique précis : le mandat du Conseil présidentiel de transition prend fin le 7 février. Elle ne parle ni de prolongation, ni de renégociation, ni d’exception. Elle établit ensuite une continuité institutionnelle en affirmant un soutien au leadership du Premier ministre en fonction. Enfin, elle ne fait aucune référence à un vide institutionnel, à une recomposition du pouvoir exécutif ou à un nouvel arrangement politique à inventer dans l’urgence.

Ce positionnement tranche avec le discours de certains acteurs politiques qui, ces dernières semaines, tentent de faire croire à un chaos imminent pour justifier des formules alternatives, des conseils bricolés ou des compromis élaborés à huis clos. La communication américaine, telle qu’elle est formulée, ne valide pas cette lecture alarmiste. Elle reconnaît la continuité de l’État et l’existence d’un exécutif opérationnel au-delà du 7 février.

Ce rappel public intervient dans un contexte national lourd. Pendant que la population subit l’insécurité, la faim, les déplacements forcés et l’effondrement des services essentiels, des politiciens continuent de négocier l’avenir de l’État entre initiés. À l’approche du 7 février, un compromis opaque, porté par des acteurs contestés — parmi lesquels figurent des personnalités publiquement mises en cause pour corruption et mauvaise gouvernance — tente d’imposer des formules de pouvoir sans débat national et sans légitimité clairement établie.

Or, l’argument central brandi pour justifier ces manœuvres, celui du prétendu vide institutionnel, ne résiste pas à l’examen. Le Conseil des ministres demeure en place. L’exécutif continue de fonctionner. Les mécanismes de continuité de l’État existent. En ce sens, le message de l’Ambassade des États-Unis vient confirmer publiquement une réalité juridique et institutionnelle déjà connue, mais que certains cherchent à obscurcir pour servir des intérêts particuliers.

La séquence devient encore plus significative lorsque l’on observe qu’au même moment, l’Ambassade a relayé une publication annonçant l’arrivée de trois navires américains dans la baie de Port-au-Prince. Cette présence est présentée comme un symbole d’engagement en faveur de la sécurité et de la stabilité du pays. Là encore, le message est public, assumé et cohérent avec le discours politique diffusé le même jour.

Faut-il y voir une simple coïncidence de calendrier ou une communication volontairement structurée ? Sans verser dans la surinterprétation, la question mérite d’être posée. Car la juxtaposition d’un rappel politique clair sur la fin du mandat du CPT et d’une mise en avant de la coopération sécuritaire envoie un signal de fermeté institutionnelle. Elle rappelle que la stabilité du pays ne passe ni par des improvisations politiques ni par des arrangements de dernière minute, mais par la continuité de l’État et le respect des cadres établis.

Ce message réduit considérablement la marge de manœuvre de ceux qui espéraient encore imposer des solutions issues de négociations d’hôtel. Il pose une limite claire : l’échéance du 7 février est reconnue, la continuité exécutive est assumée, et la stabilité demeure une priorité non négociable. Dans ce contexte, toute tentative de forcer une recomposition du pouvoir en dehors de ce cadre apparaît non seulement fragile sur le plan interne, mais aussi isolée sur le plan international.

Les acteurs politiques qui persistent à promouvoir des compromis de couloir doivent désormais répondre à une question simple : sur quelle base institutionnelle, et avec quelle reconnaissance externe, entendent-ils agir après une date que les partenaires clés du pays considèrent comme la fin d’un mandat précis ? La communication américaine ne laisse que peu d’espace à l’ambiguïté.

Il est important de souligner que ce message ne constitue ni une ingérence nouvelle ni une menace explicite. Il s’agit d’un positionnement diplomatique public, formulé dans un langage mesuré, mais politiquement clair. En rappelant la fin du mandat du CPT et en soutenant l’exécutif en place, l’Ambassade fixe un cadre et renvoie les acteurs locaux à leurs responsabilités.

Dans un pays marqué par des décennies de crises institutionnelles, cette clarté a une portée particulière. Elle met à nu les discours alarmistes, fragilise les stratégies de prolongation déguisée et expose les compromis tardifs à la critique publique. Elle rappelle surtout que la stabilité ne se négocie pas dans l’ombre, mais se construit par des institutions fonctionnelles et des règles respectées.

À l’approche du 7 février, le signal est donc double. D’un côté, un rappel politique sans équivoque : le mandat du Conseil présidentiel de transition prend fin. De l’autre, un rappel sécuritaire : la stabilité demeure une ligne rouge. Pris ensemble, ces éléments dessinent un cadre dans lequel les manœuvres opportunistes apparaissent de plus en plus risquées et de moins en moins crédibles.

Reste à savoir comment les acteurs concernés recevront ce message. Le liront-ils comme une simple déclaration de principe ou comme une invitation ferme à renoncer aux arrangements de dernière minute ? La réponse à cette question pèsera lourd dans les jours à venir.

Une chose est certaine : cette fois, le message est public, écrit et assumé. Il ne s’adresse pas à un cercle restreint, mais à l’ensemble de la classe politique. Et il rappelle, sans emphase mais sans détour, que l’échéance du 7 février n’est pas un instrument de chantage politique, mais un repère institutionnel que nul ne peut ignorer sans conséquences politiques.

Desk Report

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