Deux navires de guerre américains ont été observés au large de Port-au-Prince, signalant une présence maritime renforcée à l’approche de la date cruciale du 7 février, moment où les tensions politiques et institutionnelles en Haïti atteignent un niveau critique. Cette présence suscite de nombreuses interrogations, d’autant qu’elle s’inscrit dans une séquence de pressions diplomatiques et de sanctions ciblées déjà engagées par Washington contre des acteurs haïtiens jugés déstabilisateurs.
En janvier 2026, les forces armées des États-Unis ont mené une vaste opération militaire au Venezuela connue sous le nom d’Operation Absolute Resolve. Au début du mois, des actions coordonnées ont été conduites à Caracas, aboutissant à la capture de Nicolás Maduro et de sa femme Cilia Flores, puis à leur transfert vers le territoire américain pour répondre à des accusations pénales. Ce précédent est aujourd’hui cité par plusieurs observateurs comme une démonstration spectaculaire du durcissement de la posture américaine face aux dirigeants perçus comme responsables de crises politiques majeures.
Dans le contexte haïtien, ce parallèle a été explicitement formulé la semaine dernière par Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains. Dans des déclarations publiques largement relayées, il a averti que ce qui est arrivé à Nicolás Maduro pourrait arriver aux membres du Conseil présidentiel de transition s’ils persistaient dans des manœuvres visant à provoquer une rupture institutionnelle ou à plonger le pays dans le chaos. Selon lui, la communauté internationale ne se contente plus de déclarations diplomatiques et passe désormais à des actes concrets.
Ces propos interviennent alors que les États-Unis ont déjà sanctionné cinq membres du Conseil présidentiel de transition, les accusant de connivence avec des gangs armés, notamment ceux regroupés sous l’appellation Viv Ansanm. Ces sanctions, qui incluent des restrictions de visas et d’autres mesures ciblées, constituent un avertissement clair adressé aux responsables politiques soupçonnés de contribuer à l’insécurité ou d’entraver les efforts de stabilisation de l’État.
Pour plusieurs acteurs de la société civile, ces mesures ne sont qu’une première étape. La question se pose désormais ouvertement : les membres du CPT qui penseraient pouvoir créer ou exploiter un chaos institutionnel avant ou après le 7 février pourraient-ils s’exposer à des conséquences encore plus lourdes, au-delà des sanctions administratives et diplomatiques déjà imposées ?
La présence de navires de guerre américains au large de la capitale haïtienne s’inscrit ainsi dans une logique de dissuasion et de surveillance renforcée. Elle rappelle que la situation haïtienne est suivie de près par les partenaires internationaux et que toute tentative de rupture brutale de l’ordre institutionnel pourrait entraîner des réponses plus sévères.
À l’approche du 7 février, cette accumulation de signaux – déclarations de la société civile, sanctions américaines et présence militaire offshore – accentue la pression sur les membres du CPT. L’enjeu est désormais clair : éviter une escalade qui pourrait non seulement aggraver la crise nationale, mais aussi exposer personnellement certains acteurs à des conséquences internationales inédites dans l’histoire politique récente d’Haïti.


