Port-au-Prince — Les États-Unis renforcent leur signal de soutien à la Police nationale d’Haïti (PNH) et au gouvernement haïtien dans la lutte pour la stabilité. Le Chargé d’Affaires américain, Wooster, accompagné de ses collègues de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, a participé à la cérémonie de remise de diplôme de près de 900 cadets formés dans le cadre du programme « P4000 », une initiative appuyée par Washington.

Cette graduation, hautement symbolique dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante, s’inscrit dans la stratégie de renforcement des capacités de la PNH, considérée comme l’institution pivot dans la reconquête de l’ordre public et le rétablissement de l’autorité de l’État.

Selon une note de l’ambassade, le Chargé d’Affaires Wooster a réaffirmé le soutien « indéfectible » des États-Unis à la Police nationale haïtienne. Il a également salué le leadership du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qu’il a qualifié d’essentiel pour les efforts de stabilisation du pays. Un message qui tombe dans un contexte politique tendu, marqué par des tentatives de déstabilisation et des manœuvres internes au sommet de l’État.

Un message clair : sécurité et stabilité passent par la redevabilité
Au-delà du volet sécuritaire, l’ambassade américaine a profité de cette sortie publique pour rappeler un principe central : la stabilité ne repose pas uniquement sur des opérations policières, mais aussi sur la gouvernance, la surveillance et la responsabilité des institutions publiques.
« La stabilité et la sécurité nécessitent une surveillance et une responsabilisation. Les institutions étatiques doivent rendre des comptes pour la fourniture des services essentiels qui sont leur raison d’être et leur devoir », souligne le message attribué au Chargé d’Affaires.
L’ambassade met en garde contre une forme d’impunité qui, selon elle, mine l’État de l’intérieur : celle de fonctionnaires qui ne remplissent pas leurs obligations mais continuent de percevoir salaires et privilèges. Un comportement décrit comme aussi destructeur pour la sécurité et la stabilité que l’impunité pour les crimes.
Dans une formulation particulièrement directe, l’ambassade estime que ces pratiques « nuisent à l’État haïtien, au peuple haïtien et aux intérêts américains », liant explicitement la question de la gouvernance à celle de la sécurité nationale et de la coopération internationale.

Un appui politique qui s’affiche au grand jour
Dans l’environnement actuel, ce message dépasse la simple communication diplomatique. Il s’agit d’un appui politique assumé à la continuité de l’action gouvernementale, au moment où le pays cherche à consolider un front institutionnel cohérent contre les gangs armés.
En reconnaissant publiquement le rôle du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé comme un facteur clé de stabilisation, les États-Unis envoient un signal de confiance à l’exécutif, tout en appelant à une discipline administrative et à une rupture avec les pratiques d’impunité et de privilèges.

P4000, un levier stratégique dans la bataille sécuritaire
La graduation des cadets du programme P4000 s’ajoute aux efforts visant à augmenter les effectifs, améliorer la présence policière et renforcer la capacité de réponse face aux groupes armés. Dans un pays où la PNH opère sous pression constante, la formation et l’intégration de nouvelles recrues représentent un enjeu opérationnel majeur.
Pour plusieurs observateurs, la cérémonie sert également à projeter une image de continuité institutionnelle : celle d’un État qui recrute, forme et déploie, malgré les turbulences politiques et la violence sur le terrain.
L’ambassade américaine trace une ligne : la lutte contre l’insécurité exige un État actif, responsable et discipliné. Un État qui sanctionne les abus, combat la corruption administrative, et impose la redevabilité comme norme. Dans le cas contraire, les efforts sécuritaires risquent de rester fragiles, et les gangs continueront de prospérer sur les failles de gouvernance.

Le message de Wooster, livré lors d’une cérémonie de graduation, prend ainsi la forme d’un double appel : renforcer la PNH pour combattre les gangs, mais aussi assainir l’appareil étatique pour empêcher que l’impunité et le privilège ne sabotent de l’intérieur la reconquête de l’ordre et de la stabilité.
Dans un pays en quête de sécurité, de cohésion et d’élections crédibles, l’ambassade américaine rappelle que la stabilité ne se décrète pas : elle se construit, avec des forces de sécurité renforcées, mais aussi avec un État qui rend des comptes.

