Washington hausse le ton et franchit le cap. Le Département d’État américain annonce avoir pris des mesures pour imposer des restrictions de visas et révoquer les visas de deux (2) membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), ainsi que ceux de leurs proches immédiats, notamment leurs conjoints et enfants. Cette décision tombe dans un contexte politique explosif en Haïti, marqué par une tentative interne au CPT de remettre en cause la continuité gouvernementale, en votant pour écarter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à deux semaines de la fin de leur mandat.
L’annonce américaine intervient quelques heures après des prises de position publiques à tonalité de défi. Dans un tweet, Louis Gérald Gilles affirme que « les décisions de la majorité doivent être respectées », en référence au vote des cinq conseillers-présidents ayant signé un projet de résolution visant le chef du gouvernement. De son côté, Smith Augustin, publie un tweet sans ambiguïté : « J’ai voté, j’ai signé et ma voite était légale », ajoutant qu’il maintient sa position jusqu’à aujourd’hui. Ces déclarations renforcent l’idée d’un bloc déterminé à maintenir sa ligne, malgré les avertissements répétés de la communauté internationale.
Selon des sources proches du dossier, ce vote déclenche une accélération de la réponse américaine. Car au-delà des rivalités internes, Washington estime que cette dynamique fragilise davantage l’État au moment où le pays affronte une crise sécuritaire aiguë et une menace criminelle devenue transnationale.
Dans son communiqué, le Département d’État justifie sa décision par l’implication de ces deux conseillers-présidents dans le fonctionnement de gangs et d’autres organisations criminelles en Haïti. Les autorités américaines évoquent aussi des actes d’interférence dans les efforts du gouvernement haïtien visant à combattre ces groupes armés, désignés par les États-Unis comme Organisations terroristes étrangères (Foreign Terrorist Organizations – FTO).
Les mesures sont prises en vertu de la section INA 212(a)(3)(C), une disposition qui interdit l’entrée sur le territoire américain à toute personne dont l’admission ou les activités projetées ont des conséquences potentiellement graves sur la politique étrangère des États-Unis. Mais derrière la formulation diplomatique, le message est direct : les États-Unis ne se contentent plus de dénoncer, ils sanctionnent.
Selon des sources proches du dossier et une source diplomatique, les restrictions de visas visent notamment Smith Augustin ainsi que des membres de sa famille immédiate et certains proches. Edgard Leblanc Fils figure aussi parmi les personnalités concernées, selon des informations concordantes. Une source diplomatique cite également Louis Gérald Gilles que son visa a été deja coupé par l’ancien ambassadeur Hanskin, mais son épouse et ses enfants sont visés par les mesures annoncées.
Cette montée en puissance américaine intervient après plusieurs signaux publics. Ces dernières semaines, le secrétaire d’État Marco Rubio, le vice-secrétaire d’État Christopher Landau, ainsi la Chambre des représentants, annoncent une ligne plus ferme contre les acteurs accusés d’alimenter l’instabilité et de faire obstacle au combat contre les gangs.
Mais au-delà des sanctions, un élément majeur s’impose dans ce dossier : les États-Unis et le Canada ne se contentent pas de parler, ils investissent et agissent. Washington déploie ses moyens et mobilise son influence pour soutenir la lutte contre les gangs et faciliter l’arrivée de la force de la Repression des gangs. Le Canada, de son côté, s’engage également sur le terrain diplomatique et financier. Dans la presse, l’ambassadeur canadien rappelle que son pays investit déjà 38 millions de dollars dans l’appui à la lutte contre l’insécurité.
Ces faits ne relèvent pas d’un simple discours politique. Ils s’inscrivent dans une logique d’accompagnement et d’assistance, alors même que, depuis des mois, la population haïtienne réclame l’aide des pays amis comme les États-Unis et le Canada pour combattre les gangs, restaurer la sécurité et reprendre le contrôle des territoires perdus.
C’est précisément ce contexte qui rend la situation encore plus explosive. Au moment où des avancées se dessinent dans la lutte contre les gangs, certains membres du CPT enclenchent une dynamique qui fragilise la stabilité institutionnelle déjà précaire. Pour de nombreux observateurs, ce choix politique affaiblit la coordination de l’État, brouille les efforts sécuritaires et ouvre un nouveau front de crise au sommet, au lieu de consolider l’action publique.
Selon des informations circulant dans les milieux diplomatiques, d’autres pays s’apprêtent à emboîter le pas après les États-Unis en adoptant à leur tour des mesures contre des responsables haïtiens jugés impliqués dans la déstabilisation de la transition. La République dominicaine est citée parmi les États susceptibles de suivre cette dynamique. Une perspective qui place désormais les « nationalistes de façade » face à un test grandeur nature : pourront-ils tenir leur posture dites « nationalistes », lorsque la tempête américaine s’étend et que l’isolement international devient une réalité concrète ?
Le Département d’État insiste d’ailleurs sur le fait que le peuple haïtien « en a assez de la violence des gangs, de la destruction et des querelles politiques ». L’administration Trump affirme qu’elle promeut la reddition de comptes contre ceux qui continuent à déstabiliser Haïti et la région.
Selon des sources diplomatiques, d’autres mesures plus dures suivront, notamment des sanctions ciblées. Cette perspective accentue la pression sur un CPT déjà divisé, où certains conseillers-présidents continuent d’adopter un discours nationaliste et de dénoncer une ingérence étrangère, alors que les décisions américaines prennent une forme concrète et immédiate.
Dans ce nouveau rapport de force, une réalité s’impose : face aux tweets et aux discours, Washington répond par des actes. Et la crise politique haïtienne entre dans une phase où chaque décision interne risque désormais d’avoir un coût international direct, pour les responsables concernés, leurs familles, leurs proches et leurs réseaux.


