Port-au-Prince, 1er janvier 2026. — La commémoration du 222e anniversaire de l’Indépendance d’Haïti intervient dans un contexte national particulièrement exigeant, marqué par une transition politique délicate, des défis sécuritaires persistants et une forte attente citoyenne en matière de gouvernance, de stabilité et de résultats concrets. Plus qu’un rituel mémoriel, le 1er janvier 2026 s’impose comme un moment de réflexion stratégique sur le sens même de l’État haïtien et sur la responsabilité de ceux qui en assurent aujourd’hui la conduite.
L’acte fondateur du 1er janvier 1804 ne fut pas seulement une rupture avec l’ordre esclavagiste ; il fut aussi un projet politique audacieux, fondé sur l’affirmation de la souveraineté, de la dignité humaine et de la capacité d’un peuple à s’autodéterminer. En ce sens, l’Indépendance haïtienne demeure une référence normative puissante, un idéal exigeant qui interpelle chaque génération de dirigeants quant à leur devoir envers la Nation. Elle rappelle que la liberté ne se limite pas à une conquête historique, mais implique une responsabilité permanente de gouverner dans l’intérêt général.
Dans son message à l’occasion de cet anniversaire, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a inscrit son propos dans cette continuité historique, rappelant que la liberté conquise en 1804 ne saurait être dissociée des conditions concrètes de sécurité, de paix et de stabilité nécessaires à son exercice effectif. Cette lecture, résolument pragmatique, traduit une volonté de reconnecter l’héritage symbolique de l’Indépendance aux impératifs actuels de l’action publique, en rompant avec une approche strictement commémorative.
L’insistance mise sur la sécurité et la stabilité n’est pas fortuite. Dans un État fragilisé, où l’autorité publique a été mise à rude épreuve et où la violence a profondément affecté le tissu social et économique, la restauration de l’ordre et de la confiance institutionnelle constitue un préalable à toute ambition de développement. Sans sécurité, les libertés demeurent théoriques ; sans stabilité, les politiques publiques peinent à produire des effets durables. En rappelant cette réalité, le Chef du Gouvernement positionne la question sécuritaire non comme une fin en soi, mais comme un levier indispensable à la reconstruction du lien social et à la relance économique.
Par ailleurs, l’accent mis sur l’organisation d’élections démocratiques libres, crédibles et inclusives renvoie à une autre dimension essentielle de l’héritage de 1804 : la légitimité du pouvoir. Si l’Indépendance a libéré le peuple haïtien de la domination coloniale, elle a également ouvert la voie à une quête inachevée de gouvernance représentative et responsable. Dans ce cadre, le processus électoral ne doit pas être perçu comme un simple rendez-vous institutionnel, mais comme un mécanisme central de refondation de la confiance entre l’État et les citoyens, condition sine qua non de la stabilité politique à long terme.
L’appel à l’unité nationale, récurrent dans les discours commémoratifs, prend cette année une tonalité particulière. Il ne s’agit plus d’une injonction abstraite, mais d’une nécessité stratégique face à la fragmentation sociale, politique et territoriale du pays. L’unité évoquée par le Premier ministre se veut fonctionnelle et opérationnelle : elle suppose des compromis responsables, un dépassement des intérêts partisans et une mobilisation collective autour de priorités clairement définies, notamment la sécurité, la gouvernance et la relance économique.
Sur le plan analytique, cette posture traduit une tentative de rééquilibrage entre mémoire et action, entre symbolique et gouvernance. Elle reconnaît implicitement que la glorification du passé, aussi légitime soit-elle, ne peut se substituer à la production de résultats tangibles dans le présent. En ce sens, l’Indépendance devient moins un point d’arrivée qu’un cadre de référence exigeant, appelant cohérence, responsabilité et constance dans l’action publique.
Enfin, il convient de souligner un fait politique inédit dans l’histoire récente du pays. Pour la première fois depuis la période post-1986, Haïti se trouve face à un Premier ministre présent sur tous les fronts majeurs de la gouvernance — sécurité, stabilité institutionnelle, relance économique, cohésion sociale et préparation du retour à l’ordre constitutionnel — avec un souci affirmé de résultats, malgré l’ampleur et la complexité des contraintes héritées. Cette posture tranche avec une longue tradition de gestion fragmentée, souvent marquée par l’attentisme, l’évitement ou la déresponsabilisation de l’action publique.
La tâche demeure difficile, les résistances sont nombreuses et les défis structurels profonds. Mais, pour le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, difficile ne signifie pas impossible. Avec de la volonté politique, de la discipline dans l’action de l’État et une détermination constante, le pays peut progressivement sortir de l’impasse. L’histoire haïtienne enseigne que les grandes ruptures ont toujours été précédées de périodes d’extrême adversité. À l’image de 1804, la sortie du tunnel ne dépendra ni des discours seuls ni des promesses abstraites, mais de la capacité à maintenir le cap, à produire des résultats mesurables et à restaurer la confiance collective. C’est à cette épreuve du temps, de la constance et de l’efficacité que l’action gouvernementale sera jugée — et c’est à cette condition que l’espérance nationale pourra redevenir un projet crédible.


